Notion 4, la conscience
1. Courants philosophiques liés
| Courant philosophique | Philosophes associés | Interprétation du sujet (Conscience) | Arguments / Idées Clés | Objections / Limites (Pours et Contres) |
|---|---|---|---|---|
| Rationalisme Cartésien / Cogito | René Descartes | La conscience est la seule réalité indubitable et la substance permanente de l'identité du sujet. Elle est l'accès à la vérité et à la réalité par la raison. | Le doute hyperbolique (douter de tout, même de son existence) mène à la certitude que l'on doute, donc que l'on pense, donc que l'on est : « je pense, donc je suis ». La conscience est la « substance » qui rend le sujet responsable et autonome. | Critique par Husserl : Descartes est allé trop vite en affirmant l'existence du monde ; la raison n'accède qu'au phénomène, pas à la réalité telle qu'elle est (Noumène). |
| Phénoménologie | Edmund Husserl, Emmanuel Kant (cadre conceptuel) | La conscience n'accède pas à la réalité absolue (Noumène) mais au monde tel qu'il nous apparaît (Phénomène). « toute conscience est conscience de quelque chose ». | La conscience organise et structure les informations reçues par les cinq sens (Sensibilité) grâce à l'entendement. L’épochè phénoménologique consiste à mettre la réalité entre parenthèses, car dès que l'on pense le réel, on crée un phénomène. | Nécessite de mettre en doute l'affirmation cartésienne selon laquelle raisonner donne accès à la réalité. |
| Psychanalyse (Conscience Morale) | Sigmund Freud | La conscience morale (Surmoi) n'est pas innée mais est une construction culturelle et éducative qui réprime les pulsions naturelles et amorales du Ça. | La frustration des désirs (dans l'inconscient) engendre des tensions psychiques et des névroses. La civilisation est le processus de sublimation, où l'homme transforme ses pulsions (boue) en quelque chose de positif (or). | L'homme civilisé est l'animal le plus névrosé et frustré, car il refoule constamment ses pulsions. Le manque d'éducation peut conduire à un « Nourrisson géant » amoral. |
| Idéalisme / Spécisme (Roseau Pensant) | Blaise Pascal | La conscience (par la pensée et le langage) confère à l'Homme une dignité et une supériorité qui le distinguent qualitativement de la nature (thèse spéciste). | L'Homme est un « roseau pensant » : son corps est vulnérable, mais sa conscience lui permet de penser et d'englober le cosmos. La conscience réflexive permet de penser la justice et de s'opposer aux lois de la nature par la politique. | La conscience peut rendre l'homme malheureux en le forçant à se confronter à ses vanités et aux questions existentielles (Effroi pascalien). |
| Nietzschéisme (Conscience et Langage) | Friedrich Nietzsche | L'Homme se croit supérieur par la conscience et le langage, mais c'est un orgueil démesuré. La conscience humaine est limitée. Il n'y a pas de vérité, seulement des interprétations. | Tous les êtres vivants pensent, mais seul l'Homme parle, ce qui rend ses pensées les plus profondes « vulgaires » car elles sont réduites à des concepts. La conscience (et la morale qui en découle) diminue la « volonté de puissance ». | L'antispécisme, qui découle de cette pensée, considère que la différence entre l'Homme et l'animal est seulement quantitative, et non qualitative. |
2. Citations, définitions et lexique
Les citations
| Citation | Auteur | Explication dans le contexte de la conscience |
|---|---|---|
| « penser c’est sentir » | Condillac | Cette phrase, liée au sensualisme, souligne que toute connaissance provient des sensations, impliquant que le corps et les sens sont essentiels pour accéder à la vérité et à une forme de conscience du réel. |
| « philosopher c’est s’arracher de la chaleur maternelle des préjugés » | Finkielkraut | Pour atteindre une conscience éclairée (philosophique), il est nécessaire de se détacher des opinions confortables, des idées reçues et des préjugés qui nous sont familiers. |
| « La caresse c’est bien plus que toucher le corps de l’autre c’est toucher l’autre » | Paul Valéry | Illustre comment les sens permettent de dépasser la superficialité pour atteindre une vérité profonde, transmettant des émotions et permettant une connexion entre les consciences (les âmes). |
| « il est donc au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu » | Rousseau | Soutient la thèse que l'Homme possède une conscience morale naturelle, impliquant que c'est la société, et non la nature, qui le corrompt. |
Les définitions
| Terme | Explication simple et précise | Source |
|---|---|---|
| Amorale | Caractérise un individu qui n'est pas capable de discerner si ses actions sont bonnes ou mauvaises (souvent par manque d'éducation ou de développement du Surmoi). | |
| Immorale | Caractérise un individu qui sait consciemment que son action est mauvaise mais la commet quand même. | |
| Catharsis | Le processus de purge des pulsions refoulées ou d'émotions intenses, souvent utilisé en psychologie. | |
| Névrose | Altération du comportement causée par des frustrations psychologiques intenses dues au refoulement des désirs (par le Surmoi). | |
| Pulsion | Force interne ou désir auquel l'Homme peut choisir de dire non, par opposition à l'instinct. | |
| Instinct | Comportement commun à tous les individus d'une même espèce, irrépressible (l'Homme n'a que celui de respirer). |
Les termes du sujet : Petit lexique organisé
| Thème | Terme | Définition / Contexte |
|---|---|---|
| Types de Conscience | Conscience spontanée | Le simple fait de percevoir (voir, toucher, sentir) ; elle diminue quand on s'endort. |
| Conscience réflexive | Savoir que l'on perçoit, que l'on pense ; savoir que l'on est conscient. | |
| Conscience morale | Savoir comment l'on doit traiter l'autre. | |
| Psychanalyse | Ça | La partie naturelle et amorale de l'être, ne cherchant que le plaisir (libido, pulsions). |
| Surmoi | La morale intériorisée par l'éducation, qui s'oppose aux pulsions du Ça et provoque le refoulement. | |
| Métaphysique | Substance (Cartésien) | Réalité permanente et essentielle du « je » (la conscience) qui ne change pas malgré les qualités changeantes d'une personne. |
| Philosophie de l'esprit | Interprétation (Nietzsche) | Le sens projeté sur la réalité, car il n'y a pas de vérité absolue, mais uniquement des perspectives. |
| Roseau Pensant (Pascal) | L'Homme est fragile comme un roseau, mais sa conscience (pensée) lui donne sa grandeur. |
3. Récapitulatif général
Tout ce qu’il faut retenir
La conscience est ce qui définit l'Homme en tant qu'être distinct (l'« autre de la nature »). Elle se manifeste sous trois formes principales : spontanée (perception), réflexive (savoir que l'on pense) et morale (savoir comment agir envers autrui). La conscience réflexive a permis à Descartes d'établir l'identité et la responsabilité du sujet (« je pense, donc je suis »). Cependant, cette conscience est également la source du mal-être et de la névrose (Freud) ou de l'insatisfaction (Rousseau), car elle empêche de se contenter de vivre et force à exister (chercher la reconnaissance). Le débat central tourne autour de l'origine de la morale : est-elle innée (Rousseau) ou entièrement construite socialement (Freud, Nietzsche)?
Les thèmes
- Conscience et Nature/Culture : La conscience fait de l'Homme un être de culture, capable de transformer la nature et de créer des lois (politique) qui s'opposent à la loi naturelle.
- Conscience et Réalité/Vérité : Les théories s'opposent sur la capacité de la conscience à accéder à la réalité objective (Descartes) ou si elle ne fait que créer un phénomène (Husserl) ou des interprétations (Nietzsche).
- Conscience et Morale : La conscience morale est soit vue comme un principe inné (Rousseau), soit comme un produit de l'éducation (Surmoi freudien).
Ce qui relie les différentes théories entre elles
Les théories s'accordent sur le fait que la conscience (notamment réflexive) est ce qui confère à l'Homme une spécificité, le distinguant des autres êtres vivants. Que ce soit la raison de Descartes, le roseau pensant de Pascal ou la sublimation de Freud, tous pointent vers la capacité de l'Homme à s'arracher, au moins partiellement, à l'ordre instinctif de la nature. La recherche de la vérité (sophie) et la sagesse sont des désirs philosophiques communs, bien que les moyens d'y accéder diffèrent (sens, raison, preuve).
Comment ces théories peuvent se contredire, avec les arguments de part et d’autre
| Contradiction | Thèse A (Conscience = Certitude/Dignité) | Thèse B (Conscience = Illusion/Névrose) |
|---|---|---|
| Accès à la Réalité | Descartes : La conscience par la raison accède à la vérité objective. Le doute conduit à l'évidence du je pense. | Husserl/Nietzsche : La conscience ne crée qu'un phénomène (Husserl) ou une interprétation (Nietzsche). La vérité est une conception enfantine. |
| Spécificité Humaine | Pascal (Spécisme) : L'Homme a une différence qualitative (langage, raison, religion) qui le place au-dessus des autres espèces et lui donne une dignité unique. | Nietzsche (Antispécisme) : L'Homme n'a qu'une différence quantitative ; son orgueil le fait croire qu'il est le seul à penser. Le langage vulgarise la pensée profonde. |
| Origine de la Morale | Rousseau : La conscience morale est un principe inné de justice et de vertu. La société nous rend mauvais. | Freud/Nietzsche : La conscience morale (Surmoi) est une construction sociale résultant de la frustration et du refoulement des pulsions. Pour Nietzsche, la morale est l'excuse des faibles. |
4. Plan du cours
Le plan du cours sur la conscience, tel que détaillé dans les sources et, est le suivant :
Notion 4 : La conscience (spontanée / réfléchie / morale)
I. La conscience fait-elle de l'homme l'autre de la nature ?
- A. Un roseau pensant
- Thèse spéciste : différence qualitative entre l'homme et les autres êtres vivants.
- Par sa conscience, l'homme se place au-dessus de la nature et cherche à la comprendre (Pourquoi? Religion, Philosophie. Comment? Science).
- En transformant la nature, l'homme devient un être de culture.
- B. Conscience et habitude
- La conscience est paradoxalement productrice d'habitude, mais cela n'est pas un instinct.
- Retour sur le texte de Nietzsche (tous les êtres vivants pensent, l'homme est une espèce orgueilleuse).
- Thèse antispéciste.
- C. Le seul être vivant à avoir honte de sa nature ?
- Conscience comme mauvaise conscience? Malaise dans la civilisation de Freud.
- Le Ça est naturel, la civilisation est la sublimation des pulsions frustrées.
- Transhumanisme (rêve d'un homme augmenté détaché de son corps et de ses limites naturelles).
II. Conscience et réalité
- A. Le cogito (Descartes).
- B. L’épochè phénoménologique (Husserl/Kant).
- C. L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Oliver Sacks, multiplicité des interprétations).
III. Le problème de l’identité
- A. La substance (Descartes).