Notion 2, le devoir
1. Courants philosophiques liés
| Courant Philosophique | Philosophes Associés | Interprétation du Sujet (Vérité / Morale / Bonheur) | Arguments Clés | Objections / Limites (Pours et Contres) |
|---|---|---|---|---|
| Sensualisme | Condillac, Paul Valéry | Toute connaissance provient des sensations (vérité). Le corps permet de trouver la vérité. | Condillac : « penser c’est sentir ». La caresse est une vérité dévoilée, permettant de percevoir l’autre dans toute son âme. | La vérité établie par les sens est fragile, éphémère et subjective(relative au sujet). |
| Idéalisme | Platon | Seules les idées existent dans l'esprit, la réalité est associée aux idées plutôt qu'aux objets matériels. L'idéaliste méprise le réel car il n'est pas parfait. | L'Allégorie de la caverne montre que les humains enchaînés croient voir la réalité alors qu'ils n'en voient qu'une projection (ombres). | L'idéalisme est vu par Nietzsche comme un « venin qui tue » la volonté de puissance. La recherche de la perfection mène à l'idéalisme et au nihilisme. |
| Rationalisme / Universalisme(Déontologie) | René Descartes, Emmanuel Kant | La vérité est objective et accessible par la raison. Le Bien et le Mal ne peuvent être relatifs, on cherche l'universel. Le devoir est d'agir par principe. | Descartes : le cogito : « je pense donc je suis » est la première vérité indubitable, car on ne peut douter qu'on doute. Kant (impératif catégorique) : il faut agir selon une maxime qui pourrait devenir une loi universelle. | Pour Kant, la morale engendre la pénibilitéqui est un indice de moralité, et rend le bonheur suspect d'immoralité. Le mensonge est immoral car non universel. |
| Téléologie / Utilitarisme | Machiavel | Évaluer la moralité d'une action à ses effets (bon ou mauvais). Le bien et le mal sont trop abstraits, on juge les conséquences. | La fin justifie les moyens. Il faut faire ce qui apporte le plus grand bien à la société (utilitarisme). Le bon militaire ou le chef d'entreprise doit dépasser l'éthique pour être compétitif. | Cette morale peut légitimer l'intolérable (torture). L'action est un pari : on ne peut pas connaître les conséquences à l'avance. |
| Nietzschéisme(Volonté de Puissance) | Friedrich Nietzsche | Il n'y a pas de vérité, seulement des interprétations. L'Être est la volonté de puissance (vouloir sa propre intensité). | Le Grand Style consiste à harmoniser les forces actives (créer) et réactives (subir/freiner), pour utiliser les obstacles comme impulsion créative. Le devoir de vérité est un désir de mort, car le mensonge est l'art de la tromperie qui nous met du côté de la vie. | La morale kantienne est une force réactive qui nous fait perdre de l'énergie. Les faibles ont transformé leur impuissance en vertu. |
| Stoïcisme | Stoïciens | Le bonheur n'est pas d’accomplir ses désirs, mais de ne pas en avoir. Le vrai maître est celui qui se maîtrise. | Il faut faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait. La devise est « supporte et abstiens-toi ». Il faut se rendre compte que rien n'est en notre pouvoir. | Être stoïcien est dangereux car prendre sur soi tout le temps cause des souffrances psychiques intenses. Risque de mourir de désir et de supporter l'intolérable. |
| Épicurisme | Épicure | Pour être heureux, il faut jouir de tout sans limite, en privilégiant les besoins naturels et essentiels. | L'illusion est une erreur qui aide à vivre (ex: l'illusion de l'immortalité permet d'avancer et d'étudier). | Le risque est l'escalade érotique, de toujours en vouloir plus et de ne jamais être comblé. |
| Psychanalyse | Sigmund Freud | Les racines de l’humanité sont naturelles et amorales ('ça'). La conscience morale ('surmoi') est culturelle et s'acquiert par l'éducation. | Le 'ça' cherche le plaisir et génère des pulsions (sadique, amoral). Le 'surmoi'est le réservoir de l'inconscient où s'accumulent les frustrations. La morale nous rend malades et névrosés. | Le manque de limites mène au « Nourrisson Géant » (racine du mal). L'excès de 'surmoi' mène au refoulement et à l'explosion. |
2. Citations, définitions et lexique
Les citations :
- « je sais que je ne sais rien » (Socrate)
- Explication : Elle exprime le désir du philosophe (qui désire le savoir et la sagesse) de la vérité, tout en reconnaissant son ignorance, ce qui est la base de la démarche philosophique.
- « La caresse c’est bien plus que toucher le corps de l’autre c’est toucher l’autre » (Paul Valéry)
- Explication : Dans le contexte du sensualisme, cela illustre que les sens (ici le toucher) permettent de saisir une vérité profonde et puissante, une connexion entre deux âmes, allant au-delà de la simple matière physique.
- « philosopher c’est s’arracher de la chaleur maternelle des préjugés » (Finkielkraut)
- Explication : Être philosophe exige de douter des idées reçues et de mettre en accord ses paroles avec ses actes pour mener une vie philosophique.
- « Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse aussi vouloir que la maxime de mon action devienne une loi universelle » (Kant)
- Explication : C'est l'impératif catégorique, le principe fondamental de la déontologie. Il signifie qu'une action est morale si son principe (sa maxime) peut être universalisé sans contradiction (ex: si tout le monde ment, la société meurt).
- « Le bonheur est un idéal de l’imagination » (Kant)
- Explication : Le bonheur ne peut pas être conceptualisé ni rationalisé, et il n'y a pas de technique pour y parvenir, car ce qui fait le bonheur de l'un ne fait pas celui des autres. Il ne peut être forcé ou organisé.
- « le devoir de vérité est un desir de mort » (Nietzsche)
- Explication : La recherche absolue de la vérité est épuisante et nous rappelle que nous ne l'atteindrons jamais, servant uniquement à la domination (castration socratique). Le mensonge, en revanche, est une pulsion de la nature et un art de la tromperie qui favorise la survie.
Les définitions :
- La Réalité : La réalité, c’est ce qui est.
- La Vérité : La vérité, c’est ce qu’on dit de ce qui est.
- Les Sophistes : Des hommes ayant de grandes connaissances qu'ils utilisent à de mauvaises fins (souvent pour l'argent), maniant la rhétorique et préférant persuader que convaincre.
- Amorale : Quand on n'est pas capable de savoir que ce que l'on fait est mal.
- Immorale : Quand on sait que ce que l'on fait est mal.
- Volonté de Puissance (Nietzsche) : Vouloir sa propre intensité.
- Respect : Traiter l'autre comme une fin en soi et non comme un moyen.
- Névrose : Altération du comportement causée par des frustrations qui génèrent des tensions physiques.
- Instinct : Comportement commun à tous les individus d'une même espèce (l'homme n'en a pas, sauf respirer, mais il a des pulsions).
Les termes du sujet : Petit lexique organisé
| Terme | Définition Simple et Précise |
|---|---|
| Devoir | S'obliger soi-même librement; la morale n'est écrite nulle part. |
| Téléologie | Courant qui évalue la moralité d'une action à ses effets (conséquences). |
| Déontologie | Courant qui évalue la moralité d'une action à ses principes (Kant). |
| Maxime | Principe de l'action qui doit pouvoir devenir une loi universelle (chez Kant). |
| Conscience Spontanée | Conscience immédiate du monde (voir, toucher, sentir). |
| Conscience Réflexive | Savoir que l'on pense, que l'on touche, que l'on voit (se penser). |
| Conscience Morale | Savoir comment l'on doit traiter l'autre, principe inné de justice et de vertu selon Rousseau. |
| 'Ça' (Freud) | Partie de la psyché naturelle qui ne cherche que le plaisir (libido, pulsions amorales). |
| 'Surmoi' (Freud) | Partie culturelle/éducationnelle qui représente la morale et génère des frustrations en réprimant le 'ça'. |
| Idéal de l’imagination | Terme de Kant décrivant le bonheur, signifiant qu'il est inconceptualisable et non rationalisable. |
| Interprétation | Le sens projeté sur la réalité (Nietzsche). |
| Épochè phénoménologique | La mise entre parenthèses de la réalité, car dès qu'on la pense, on crée un phénomène (Husserl). |
| Syllogisme | Raisonnement logique composé d'une majeure, d'une mineure et d'une conclusion (Aristote). |
3. Récapitulatif général
Tout ce qu’il faut retenir :
Il faut retenir que la philosophie aborde des notions fondamentales comme la Vérité, le Devoir, le Bonheur et la Conscience. Concernant la vérité, un conflit majeur oppose les tenants d'une vérité objective et universelle (Descartes, Kant, Aristote) à ceux qui soutiennent qu'il n'y a que des interprétations (Nietzsche). Pour le devoir, deux morales s'opposent : la téléologie (juger l'action par ses effets) et la déontologie (juger l'action par ses principes universels). Enfin, la conscience est ce qui fait l'homme, mais elle est paradoxale : elle le distingue de l'animal (roseau pensant de Pascal), tout en le rendant le plus névrosé de tous (Freud, Malaise dans la civilisation).
Les thèmes :
Les sources traitent principalement de quatre grandes notions :
- La Vérité et la Réalité : Comment distinguer le vrai du faux (par les sens, la preuve, la vérisimilitude) et si la vérité doit être préférée au mensonge.
- Le Devoir et la Morale : Les moyens de savoir ce que l'on doit faire (Téléologie vs. Déontologie) et l'existence d'une conscience morale (innée ou déguisement de l'impuissance).
- La Conscience : Si la conscience fait de l'homme l'autre de la nature, son rapport à la réalité (Cogito cartésien, Phénoménologie), et le problème de l'identité.
- Le Bonheur : L'existence de techniques pour être heureux (sagesses antiques) et la question de savoir si l'homme est fait pour le bonheur.
Ce qui relie les différentes théories entre elles :
- Le rôle de la Raison : Que ce soit chez Kant pour atteindre l'universel en morale ou chez Descartes pour accéder à la réalité après le doute hyperbolique, la raison est un outil fondamental pour distinguer le vrai du faux et établir la dignité humaine.
- Le lien entre Morale et Souffrance : La psychanalyse (Freud) et la morale kantienne se rejoignent pour affirmer que la morale est pénible et source de frustration/névrose. Le Surmoi (éducation/culture) se frappe contre le Ça(pulsion/nature), générant un refoulement qui nous rend malades. Simultanément, Kant voit la pénibilité comme l'indice de la moralité.
- Le refus du Relativisme total : Malgré les arguments en faveur des interprétations (Nietzsche), des figures comme Kant insistent sur le besoin d'un ciment universel (confiance, vérité, déontologie) pour la vie en société.
Comment ces théories peuvent se contredire, avec les arguments de part et d’autre :
| Opposition | Argument A | Argument B |
|---|---|---|
| Morale : Principe vs. Conséquence | Déontologie (Kant) : La moralité d'une action est jugée par son principe (maxime universalisable). Il ne faut pas mentir car si tout le monde ment, la société est impossible. | Téléologie (Machiavel) : La moralité est jugée par ses effets. La fin justifie les moyens pour obtenir le plus grand bien. On ne peut pas connaître le bien ou le mal avant d'agir (critique kantienne). |
| Vérité : Objective vs. Interprétation | Universalisme (Aristote/Descartes) : Est vrai ce qui est logique. Le cogito prouve l'existence d'une conscience permanente et responsable. La preuve (inférence objective) mène à une conclusion universelle. | Nietzschéisme : Il n'y a que des interprétations. La vérité est une castration socratique utilisée pour dominer. L'idéalisme tue la volonté de puissance. |
| Conscience Morale : Inné vs. Social | Inné (Rousseau) : Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu. C'est la société qui nous rend mauvais. | Social/Faiblesse (Nietzsche/Freud) : La conscience morale est souvent la peur du regard des autres ou de la punition. Nietzsche affirme que les faibles ont transformé leur impuissance en vertu. Freud explique que la morale est le Surmoi acquis par l'éducation. |
| Bonheur : Contrôle vs. Surprise | Sagesses Antiques (Stoïcisme) : On peut atteindre le bonheur en se maîtrisant et en ne désirant pas. | Kant : Le bonheur est un idéal de l’imagination, il ne s'organise pas, il surprend. Le chercher trop fort ou le forcer fait fuir le bonheur. |
4. Plan du cours
Le plan du cours, tel que structuré dans les sources, aborde quatre notions principales :
Notion 1 : La vérité I. Comment distinguer le vrai du faux ? A. Par les sens (Sensualisme, Empirisme) B. Les preuves (Raison, Déduction/Induction) C. La vérisimilitude (Karl Popper) II. Vérité et réalité A. Idéalisme (Allégorie de la caverne) B. Universalisme (Aristote, Logique) C. Éternel retour au Nietzsche (Volonté de puissance, Interprétation) III. Faut-il préférer le mensonge à la vérité ? A. La préférence du mensonge (Nietzsche, Epicure) B. Devoir de vérité (Kant) C. Synthèse : le Respect
Notion 2 : Le devoir I. Comment savoir ce que je dois faire A. La téléologie (Machiavel, Utilitarisme) B. La déontologie (Kant, Impératif catégorique) C. Le Grand Style (Nietzsche) II. Conscience morale A. Un principe inné de justice et de vertu (Rousseau, Kant, Socrate) B. Déguiser son impuissance en vertu (La Rochefoucauld, Nietzsche) C. Psychologie (Freud, Ça/Surmoi) III. Devoir et Bonheur A. Les sagesses antiques B. Critique des sagesses antiques C. Un devoir de bonheur ? (Kant)
Notion 3 : Le bonheur I. Y-t-il des techniques pour être heureux ? A. Des sagesses antiques au développement personnel (Stoïcisme, Épicurisme) B. La chasse plutôt que la pêche (Kant) C. Les petits bonheurs II. L’homme est-il fait pour le bonheur ? A. La thèse pessimiste (Schopenhauer, Pascal, Psychologie) B. La conscience et le bonheur (Rousseau, Hegel, Dialectique du maître et de l'esclave)
Notion 4 : La conscience I. La conscience fait-elle de l'homme l'autre de la nature ? A. Un roseau pensant (Pascal, Spécisme) B. Conscience et habitude (Instincts/Pulsions, Nietzsche, Antispécisme) C. Malaise dans la civilisation (Freud, Transhumanisme) II. Conscience et réalité A. Le cogito cartésien (Descartes, Doute hyperbolique) B. L’épochè phénoménologique (Husserl, Kant: Noumène/Phénomène) C. L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Oliver Sacks, Multiples visions de la réalité) III. Le problème de l’identité A. La substance (Descartes).